ETIENNE TSHISEKEDI : MOBUTU, LES KABILA ET LUI

ETIENNE TSHISEKEDI : MOBUTU, LES KABILA ET LUI

Dans le cadre du dossier spécial Etienne Tshisekedi, notre rédaction vous amène au cœur du combat de l’opposant qui a tenu tête à tous les pouvoirs en République Démocratique du Congo et qui est considéré comme la figure emblématique du combat pour la démocratie.

Natif de kananga , c’est le 14 décembre 1932 qu’Etienne Tshisekedi est venu au monde des parents originaires du centre du Congo, un enfant ordinaire, qui plus tard marquera les esprits de toute une nation grâce à son combat pour la démocratie, la liberté et son engagement à la lutte contre la pauvreté avec son célèbre slogan qui résume son combat « le peuple d’abord »

Ses débuts élogieux

Premier docteur en Droit de l’Université Lovanuim en 1961, actuel Unikin, Etienne Tshisekedi est déjà dans les sillages du pouvoir depuis 1960,où il est commissaire adjoint à la justice, équivalent de vice-ministre.

De 1961 à 1965 il sera recteur de l’Ecole National de Droit et d’Administration, EDNA, avant d’être nommé en 1965 ministre de l’intérieur et affaires coutumière du gouvernement mis en place par Joseph Désiré Mobutu, il participe à côté de celui-ci, en 1967 à la rédaction de la constitution du Zaïre et  à la rédaction du manifeste de la Nsele, créant ainsi le Mouvement Populaire de la Révolution, MPR, qui deviendra le parti état.

Le désamour avec Mobutu

En 1980, alors parlementaire, il adresse avec 12 autres parlementaires une lettre ouverte à Mobutu, à laquelle ils décrient la dictature installée par le régime Mobutu, Tshisekedi est aussi tôt arrêté et emprisonné, commence alors une oppression contre sa personne et sa bande, qui amènera certains à la mort. En 1982 il participe à la création de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, UDPS, qui sans doute sera l’œuvre de sa vie. Il mène sans relâche le combat contre le régime dictatorial de Mobutu. Prison, torture, humiliation, déchéance des droits civiques et politiques, relégation…il a su garder le cap.  Face à cette pression, le président Mobutu décide le 24 avril  1990 de restaurer le multipartisme, les élections  sont projetées, une batail gagnée pour Etienne, qui se voit être nommé le 29 septembre 1991 premier ministre avant de quitter le poste 1 mois après, il est à nouveau désigné premier ministre  par la Conférence Nationale Souveraine  le 15 aout 1992, fonction qu’il assumera jusqu’au 18 mars 1993. En 1996, avec la guerre de libération menée par l’AFDL, Tshisekedi convainc Mobutu, malade en France,  à faire bloc pour contrer les rebelles, il sera à nouveau premier le 2 avril 1997, poste qu’il perdra 5 jours plus tard. 3 fois premier ministre, il bat jusque lors le record de nomination à ce seul poste.

Mzee, l’ennemi de mon ennemi n’est pas mon ami

17 mai 1997, tout bascule, l’ancien opposant à Mobutu et chef rebelle Laurent Désiré Kabila prend le pouvoir, les armes ont eu raison sur le Marechal, Tshisekedi qui avait déjà des contacts avec le mouvement rebelle, s’érigera aussi tôt en opposant du nouveau régime, publiquement il s’oppose aux alliés Rwandais et Ougandais qui ont accompagnés l’AFDL, ça y est, il est l’homme à battre, il se voit dans la foulé être déchu de ses droits politiques et il est relégué dans son village avec des engins pour y faire l’agriculture. Le régime de Kinshasa est instable, en 1998 une guerre éclate entre les alliés, Tshisekedi prophète ? Ou l’incompris ? Le  16  janvier 2001, Mzee Kabila comme on l’appelle affectueusement à Kinshasa est abattu dans sa résidence. Les deux opposants du vieux léopard ne travailleront jamais ensemble.

Le fils de mon adversaire est aussi mon adversaire ?

Apres l’assassinat de Mzee, le régime fragile de Kinshasa jette son dévolu sur jeune homme, âgée de de 29 ans, général de l’armée congolaise et compagnon d’armes de Mzee, il s’appelle Joseph Kabila, comme l’indique son patronyme, il n’est personne d’autre que le fils biologique de Laurent Désiré Kabila. Pour sa part, Etienne reste sceptique quant au rapprochement avec le nouveau chef, mais il participe quand-même aux tractations politiques précédant le dialogue inter-congolais, en 2003, il refuse de participer au gouvernement de transition issu des accords de Sun City et Zahidi Ngoma prend sa place et est vice-président de la république pour le compte de l’opposition non armée dans le fameux 1+4 (un président et quatre vice-présidents), début de l’opposition ?

En 2005, il appelle ouvertement au boycott du referendum de la constitution de la 3e république, voilà, l’opposant à Mobutu et à Laurent Désiré Kabila est de nouveau opposant à Joseph Kabila. Il récidive en 2006  lorsqu’il incite la population à ne pas participer aux élections générales organisées cette année, une première du genre qualifiée de libre et démocratique dans le pays. Mais pour Tshisekedi ces élections n’est que conspiration pour imposer au peuple des dirigeants. Ladite élection présidentielle  est remportée par joseph Kabila face à son challenger Jean-Pierre Bemba.

En 2011, Bemba absent, détenu à la CPI, le peuple n’aspire pas confiance à Kamerhe, un ancien ami du pouvoir devenu opposant et candidat à la présidentielle. Tshisekedi, l’éternel opposant annonce sa candidature et tente de briguer la magistrature suprême par voie des urnes.  Joseph Kabila au pouvoir depuis 10 ans est déclaré vainqueur, résultats rejetés par Etienne  qui s’autoproclame président élu et prête serment en janvier 2012 dans sa résidence de Limete. Il mena sans désemparer le combat pour l’imperium…en 2014, fatigué par la maladie il sera contraint de quitter le pays pour des soins en Belgique.

Le grand retour et la dernière carte  

En juillet 2016, face à l’impasse de plus en plus grandissante sur la tenue des élections prévues en fin d’année, Tshisekedi décide de rentrer au pays,  galvaniser l’opposition et faire respecter la constitution. Son retour change la donne, il initie des actions des pressions et face à ça le pouvoir en place décide de négocier pour trouver un compromis et ce, sous l’égide de l’Eglise Catholique. Un accord est trouvé dans la nuit du 31 décembre 2016, prévoyant entre autre l’organisation des élections en décembre 2018 et la mise en place d’un conseil National de Suivi de l’Accord qui logiquement sera dirigé par Etienne Tshisekedi. Accord obtenu, affaibli de nouveau par la maladie, il quitte le pays en janvier 2018 pour des soins en Belgique, hélas l’Eternel opposant ne parviendra pas à s’opposer à la mort qui l’emporta le 1e février de la même année. La nouvelle bouleverse la population congolaise, des pleurs et regrets, une désolation. Celui qu’on considère le père de la démocratie s’en va laissant la démocratie en chantier. Le peuple s’apprête à pleurer dignement son leader, un deuil digne de son rang est attendu par les congolais, hélas ça n’arrivera pas, du moins pas sous Kabila.

Les obsèques nationales

 Il fallait attendre l’avènement d’un nouveau président de la république pour penser aux obsèques de ce grand esprit, après les élections qui finalement sont organisées en décembre 2018, Felix Antoine Tshisekedi est élu président de république, le nouveau chef de l’état  est par hasard ou coïncidence fils biologique et politique d’Etienne Tshisekedi. Aussitôt il annonce le rapatriement du corps du sphinx resté plus de 2 ans en Belgique. C’est le 30 mai que le meneur des foules est rentré dans son pays. Des obsèques nationales sont organisées du 31 mai au 1er juin au stade de martyrs devant son peuple et plusieurs autorités venues de pays amis.

La rédaction

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